Inde, cinq ans après le tsunami, la vie a repris ses droits

En décembre 2004, le tsunami avait frappé la côte est de l’Inde, de Chennai à Kanyakumari au sud, faisant de nombreuses victimes et causant des dégâts considérables au sein des communautés de pêcheurs. Cinq ans après, les séquelles sont encore visibles. Mais la vie a repris le dessus.

A Nagappattinam, à quelque 200 kilomètres au sud de Pondichéry, une immense digue de pierres et un nouveau pont en béton ont été édifiés pour parer un éventuel retour de tsunami. Une criée flambant neuve tranche avec la désolation du paysage en deçà de la digue : maisons démolies laissées en l’état, étendues d’eau polluée, déchets de plastiques, routes d’accès défoncées… Des habitations traditionnelles de pêcheurs en branches de cocotier se sont réimplantées dans cet espace insalubre. Des poissons sèchent au soleil à même le sol. Au loin cependant on peut voir des habitations nouvelles construites après la catastrophe.

Changement de décor à Chinangudi, un lieu de pêche artisanale situé à une vingtaine de kilomètres de Karaikkal. Visite des nouvelles implantations en compagnie de Baskar, un des responsables de la Fédération des coopératives de pêcheurs d’Inde du Sud (SIFFS). Cette organisation non gouvernementale est bien connue de Pêche et Développement puisque c’est par elle que l’aide des pêcheurs français aux victimes du tsunami a transité courant 2005. Ici 213 maisons individuelles ont été construites à l’initiative de SIFFS et grâce à l’aide internationale. Elles viennent s’ajouter aux 1073 autres construites à Tarangambadi non loin de là.

L’ensemble de la cité pavillonnaire s’étend sur un espace très aéré : maisons colorées suffisamment espacées, terre-plein central servant d’espace de jeux aux enfants... Les pêcheurs et leurs familles ont intégré ces maisons en 2007 après avoir vécu dans des abris de secours après le désastre. Avant la construction, la Fédération des coopératives de pêcheurs (SIFFS) avait pris soin d’associer les communautés au choix du type de maison correspondant au style de vie des pêcheurs. Deux modèles, que l’on peut voir encore à Chinangudi, avaient ainsi été proposés aux sinistrés afin qu’ils puissent se déterminer en fonction de leurs convenances personnelles. Cette initiative semble avoir eu de bons résultats car à l’évidence les familles apprécient leurs nouvelles demeures. Les maisons sont équipées d’eau courante d’électricité, un confort qui tranche avec l’habitat traditionnel des pêcheurs. Les enfants de la cité fréquentent l’école primaire construite tout à côté par le panchayat (municipalité). Les plus grands se rendent au collège en face des habitations et y suivent des cours en anglais. Un apprentissage qui leur sera très utile dans un pays où prédomine la langue tamul peu compatible avec les échanges internationaux. Une salle communautaire est aussi à disposition pour les réunions hebdomadaires de la communauté.

Par mesure de sécurité, les habitations ont été bâties à un kilomètre et demi de la mer. Les pêcheurs se sont fait peu à peu à ce qui paraissait au début un handicap pour l’exercice de leur profession car traditionnellement les communautés de pêcheurs vivent près du rivage. Aujourd’hui, au retour de la pêche, bateaux et engins de pêche sont laissés à proximité de la mer tandis que les pêcheurs rejoignent à pied ou à bicyclette leur cité. Enlisés dans le sable, on peut apercevoir quelques bateaux de l’aide internationale qui ont été abandonnés par les pêcheurs. « Ils ne correspondaient pas aux normes requises pour la pêche sur cette côte, fait remarquer Baskar. Les pêcheurs les ont délaissés. Ils préfèrent utiliser ceux que SIFFS construit dans ses chantiers ».

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Bateau proposé par l’aide internationale et délaissé par les pêcheurs
Photo Marguerite Bellec

Retour par Manakkudi près de Kanyakumari à la pointe sud du Tamil Nadu. Plus de 170 personnes y ont perdu la vie dont huit responsables de SIFFS qui dispose d’un chantier naval à proximité du port. Un mémorial rappelle aux étrangers de passage l’ampleur du drame humain. Le pont de béton de 3000 tonnes coupé littéralement en deux et emporté à une centaine de mètres par le tsunami témoigne de la puissance des vagues. Un peu plus de cinq années ont passé. Le nombre important de bateaux qui rentrent de la pêche prouve, s’il en était besoin, que les pêcheurs ont repris leurs activités et conjuré le sort. La fédération des pêcheurs n’y est sans doute pas pour rien.

François Bellec (janvier 2010)
Article à paraître dans le bulletin Pêche et développement n° 86-87

Posté le 25 février 2010