Bolinches : entre écolabellisation et infraction
Les bolincheurs ciblent la sardine et sont d’ailleurs engagés dans un dossier d’écolabellisation de leur pêcherie avec l’organisation internationale Marine Steward Council.

- Bolincheur en activité de pêche. Crédits : A l’assaut des remparts
Cependant, sur certaines espèces comme le bar, la dorade ou d’autres espèces sensibles, cette activité peut avoir d’importantes répercussions.
« Le problème c’est qu’il suffit d’une fois. Cela me fait penser aux débats sur les chiens dangereux. Leurs propriétaires ne comprennent pas que l’on ait des exigences particulières parce que pour eux leur animal est gentil. Mais il suffit d’une fois, le jour où … Entre un yorkshire qui dérape et un pitbull, les conséquences ne sont absolument pas comparables. Il me paraît donc logique et normal que jour après jour les propriétaires de chiens dangereux soient astreints à des contraintes, qui ne se justifient pas le jour donné et semblent démesurées mais qui, ne serait-ce qu’une seule fois dans la vie du chien, serviront et permettront d’éviter d’importants dégâts. On a en France un problème avec la notion d’égalité. L’égalité ne fait pas l’équité : on ne peut pas mettre sur un même plan et dire que l’on va contrôler de la même façon un ligneur et un bolincheur. Ce qu’il y a c’est que le bolincheur débarquant 4-5 tonnes de bar va faire la même chose en une fois qu’un ligneur sur une année » (Thierry Guigue, FCPM 29, 29 mai 2009). Cette métaphore est très parlante et les conflits de cet hiver 2008-2009 opposant ligneurs et bolincheurs l’illustrent bien.
1. Bolinche : Entre écolabellisation et infraction
De mai à octobre et de Quiberon à Ouessant, la pêche à la sardine à la bolinche est pratiquée par 18 bolincheurs, regroupés au sein de l’association des bolincheurs de Bretagne. La bolinche, permet de capturer la sardine vivante. Chaque année, la production bretonne s’élève à environ 15 000 tonnes.
Approximativement la moitié est vendue sous criée et est commercialisée essentiellement par les mareyeurs en frais, le reste part pour les conserveries de Douarnenez (Connétable), Quimper (Saupiquet), Concarneau (Mouettes d’Arvor), Plozévet (Capitaine Cook), Quiberon (Belle-Iloise, Quiberonnaise). Ces industries s’approvisionnent de 50 à 75 % en Bretagne.
En 2003, les bolincheurs ont créé l’association Poissons bleus de Bretagne et en 2005, afin de sortir la sardine de la banalisation, ils ont accédé à la certification Label Rouge pour leur sardine de bolinche.

- Label Rouge pour la sardine de bolinche attribuée à l’association des bolincheurs « Poissons bleus de Bretagne ». Source : www.ocealliance-furic.com
Elles doivent avoir un taux de matière grasse de 8% minimum. Elles sont travaillées fraîches, pas de congélation, préparées à l’ancienne, à la main, cuites dans une friture d’huile de tournesol et mises en boite dans de l’huile d’olive vierge extra. Sa conservation dure quatre mois minimum avant la mise en vente. « Cela représente beaucoup de contraintes. La sardine est mise en boîte le jour même du débarquement, voire le lendemain », commente Pascal Lozachmeur de chez Chancerelle, seule conserverie avec Capitaine Cook à fabriquer cette conserve. Chaque boîte porte la date de pêche et le nom de bateau.
Cela représente une petite partie de la production puisque Chancerelle produit 1.5 millions de boites, soit 400 tonnes, ce qui représente 5 % de la production de l’industrie. (letelegramme.com, 13 juillet 2009).
Furic Marée et Halios proposent également de la sardine Label Rouge, mais fraîche cette fois-ci. Elle possède une date limite de vente de 3 jours après la pêche et ne peut rester qu’un seul jour sur l’étal, une fois la caisse ouverte. C’est une initiative de valorisation de la production qui mérite d’être reconnue et encouragée.
Le 24 février 2009, un bolincheur immatriculé au Guilvinec, était pris par la patrouille après une pêche de 2,6 t de dorades roses en baie de Douarnenez en pleine période de frai, les ligneurs respectaient pendant ce temps le repos biologique. Cela correspond à un cinquième du quota national pour cette espèce menacée. Les bolincheurs s’interdisent d’ailleurs eux-mêmes de la pêcher dans la charte de l’Association des bolincheurs de Bretagne.
« C’est une pratique strictement interdite. Nous demandons des lourdes sanctions pouvant aller jusqu’au retrait de la licence de pêche » (Pierre Maille, 14 mars 2009).
A la demande de pêcheurs locaux et en l’absence de représentants d’agents des affaires maritimes ou de gendarmes maritimes, ce sont des agents du Parc Naturel Marin d’Iroise de Douarnenez qui ont pris les photos matérialisant l’infraction.
« Nos agents ont été sollicités par des pêcheurs qui leur ont demandé de faire des photos. Même si ce n’est pas leur activité principale, ils peuvent faire du contrôle et dresser des procès-verbaux, mais uniquement pour des infractions sur l’espace maritime », ajoute P. Maille.
« La bolinche, c’est un métier honorable, mais il y en a deux ou trois qui font n’importe quoi », selon Robert Bouguéon, président du Comité Local des Pêches du Guilvinec.
Didier le Gloanec, président de l’association des bolincheurs, répond que « la bolinche est un système de pêche sans impact sur l’écosystème, qui permet de relâcher le poisson vivant. Il y a des valeurs dans ce métier. Cela fait plus de 100 ans qu’il existe. On fait énormément d’effort et cela se retourne contre nous. Ils veulent nous exclure de la bande côtière. Nous, on prône la transparence sur les débarquements. Ce qu’on demande pour tous les poissons c’est qu’ils passent sous la criée », (letelegramme.com, 24 mars 2009).
Depuis la réunion « d’apaisement » organisée en avril 2009 à Rennes, sous l’égide du Comité Régional des Pêches de Bretagne, pour mettre autour de la table ligneurs et bolincheurs, toutes les unités pratiquant la bolinche doivent être équipées d’une balise de positionnement.
Cette histoire a jeté une large zone d’ombre sur une initiative intéressante portée par le groupement des bolincheurs.

- Mobilisation des ligneurs et fileyeurs à l’encontre des bolincheurs et des pélagiques, Audierne en hiver 2009. Source : www.pecheaubar.com
La pêcherie bretonne de sardines de bolinche s’est en effet lancée dans un processus d’évaluation de leur pêcherie dans le but de recevoir le certificat de l’organisation internationale Marine Steward Council - Certifiée pêche durable.
Didier Le Gloanec explique que les 18 pêcheurs de l’association se sont mis d’accord pour mettre un système propre à la gestion de la ressource en sardine et pour améliorer la qualité de leur produit. Comme la sardine n’est pas sous quota européen, ils se sont débrouillés par eux-mêmes pour réglementer leur activité et gérer durablement la ressource sardinière.
« Nous nous sommes rassemblés autour du projet de certification MSC en vue de revaloriser notre métier. Nous en sommes fiers et voulons le faire connaître au grand public. La sardine n’est pas soumise à quotas, mais nous avons nous-mêmes mis en place des licences pour permettre une meilleure gestion de la ressource en limitant par exemple le nombre de bateaux et de jours en mer. Au fil des ans, les pêcheurs ont travaillé à améliorer la qualité de leurs produits. Grâce aux cuves à eaux réfrigérées, la qualité est garantie jusqu’au débarquement et ce en toute saison. C’est dans cet état d’esprit que nous entreprenons aujourd’hui la démarche MSC. Nous espérons que la certification nous permettra de valoriser nos produits et nous ouvrira les portes vers de nouveaux marchés aussi bien en France qu’à l’export » (www.msc.org).
Le bureau Veritas Certification ainsi qu’une équipe d’experts scientifiques indépendants évaluera le dossier au regard des trois principes du référentiel MSC :
- état des stocks
- impact de la pêcherie sur l’écosystème
- système de gestion
Pour le WWF - France, c’est une bonne initiative : « Elle devrait contribuer à freiner le processus de dégradation des océans tout en donnant l’opportunité aux bolincheurs de faire savoir qu’ils agissent depuis longtemps pour la préservation de la ressource et pour la pérennisation de l’activité ».
Bruno Claquin, président du Comité Local des Pêches de Douarnenez et patron d’un petit fileyeur côtier, n’est absolument pas contre la bolinche, mais il se bat contre les abus et les comportements irresponsables.
« C’est sûr que sans les bolincheurs, la criée ne fonctionnerait pas autant à Douarnenez. Cependant il faut être vigilant. Depuis le début janvier [(mars 2009)], ce sont environ 800 t de sardines qui ont été débarquées à Douarnenez. Plus de la moitié est partie à la poubelle. […] Le décroché qui existe dans le périmètre du parc marin sur la bande côtière toute proche entre Douarnenez et le Cap Sizun est pour moi un problème. En hiver, c’est le lieu de frayères d’espèces comme les dorades, les bars, les lieus, les mulets et on ne pourra rien faire si les sardiniers viennent pêcher dedans si c’est hors du parc marin. Leurs bolinches ont 70 m de tombant, et les fonds ne dépassent pas 50 m à ces endroits, leurs engins se rapprochent donc de la senne danoise. La notion de pêche sans impact sur l’écosystème est donc doublement à revoir. C’est pourquoi je me bats pour que les communes du Cap Sizun acceptent d’être intégrées au périmètre du parc, on ne pourra pas gérer durablement la baie de Douarnenez sans cela ».
Bruno Claquin, Gwenaël Pennarun (président de l’association des ligneurs de la Pointe Bretagne) et Roland Gargadennec, président du Comité Local des Pêches d’Audierne : « Tous les bolincheurs ne sont pas condamnables mais certains détournent le règlement et pratiquent une pêche délibérément ciblée sur le bar ou la dorade. Les captures observées ces dernières semaines se chiffrent en centaines de tonnes pour les dorades et le bar. Difficile d’imaginer que de telles quantités puissent être des captures accidentelles. Les bolincheurs doivent faire le ménage chez eux ».

- Photos des dorades roses pêchées illégalement. Roland Gargadennec (CLPM Audierne), Gwenn Pennarun (Associaltions Ligneurs) & Bruno Claquin (CLPM Douarnenez) souhaitent que les pratiques irresponsables et illégales soient sanctionnées. Source : www.letelegramme.com, crédits : H.O.
Il est important de valoriser les bonnes pratiques, les démarches vertueuses, le développement territorial et la protection des ressources marines. Les efforts réalisés par certains doivent être protégés des attitudes irresponsables et méritent d’être encouragés.
Bruno Claquin regrette : « Nous sommes habitués aux heurts entre une pêche responsable et une logique industrielle ».
« Les bolincheurs ont toute leur place dans le pacte pour une pêche durable initié par Pierre Maille, président du Conseil Général du Finistère)]. D’accord pour des sanctions. Mais ne faisons pas le procès de la bolinche », demande Didier Le Gloannec (Ouest-France, 14 mars 2009). « Il ne faudrait pas laisser entendre que nous sommes tous des tricheurs ». La bolinche est un engin qui peut répondre à des objectifs de pratiques durables et responsables. Bien utilisé, il peut effectivement permettre de développer des initiatives telles que la labellisation MSC.
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- Références :
LE SANN A., An integrated approach, Samudra, n° 47, Juillet 2007
LE SANN A., Pêcheurs responsables - Les pêcheurs et la tortue, Futurouest n° 22, Mars 2007
VAN TILBEURGH V., La mer d’Iroise, Négociations sur le principe de protection, Presses Universitaires de Rennes, 2007



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